lundi 29 juin 2009
1228 : Verge et Joséphine
À l'aube, le Major ouvrit les yeux.
Il s'étira et mit sa robe de chambre.
Dans l'autre chambre, Verge et Joséphine commençaient à se décoller l'un de l'autre en versant de l'eau chaude.
Boris Vian, Le loup-garou, Editions 10/18, n°676, 1979, p.57.
dimanche 28 juin 2009
1227 : Chouette
Dans Les Yeux ronds (2006), Ariane Michel filmait en gros plan une chouette observant le ballet des voitures sur la place de la Concorde, renversant le rapport entre homme et nature.
Ariane Michel, Les yeux ronds
vendredi 26 juin 2009
1226 : Égéen
Ses beaux yeux bleus égéen sont voilés par la fatigue des jours. Elle est presque aveugle. Même ses souvenirs, elle les perd de vue. Sa mémoire se brouille. Les noms propres des amis chers lui échappent. Elle entend mal et dicte désormais ce qu'elle ne peut plus rédiger. Avec une grosse loupe, elle sauve quelques mots des livres qu'elle a tant aimés, et dont lui reste la musique du style. Seuls lui parviennent encore, puissants, intacts comme au printemps de la vie, les parfums boisés et musqués de son jardin d'Aix- en-Provence, après la pluie qui les a révélés.
Jacqueline de Romilly, Les Révélations de la mémoire, Ed.Fallois, 126 p., 15 euros.
Jérome Garcin,
Le Nouvel Observateur, 25/06/2009, p.97.
jeudi 25 juin 2009
1225 : Brouillard
Orvert Latuile se réveilla le treize août d'un sommeil de trois cents heures; il sortait d'une cuite un peu sévère et se crut tout d'abord aveugle; c'était faire bien de l'honneur aux alcools qu'on lui avait servis. Il faisait nuit, mais d'une nuit différente; car, les yeux ouverts, il ressentait l'impression que l'on éprouve lorsque le jet d'une lampe électrique tombe sur les paupières closes.
(...)
- Bon Dieu, se dit-il, quel drôle de truc que ce brouillard.
(...)
- Je descends chez ma logeuse et je laisse ma braguette ouverte, dit-il. On va bien voir s'il y a du brouillard ou si c'est mes yeux.
Boris Vian, Le loup-garou. Editions 10/18, 1976, p.60.
mercredi 24 juin 2009
1224 : Qui fut en vérité Bertrand Poirot-Delpech ?
La première fois qu’il s’entend, le roulement des tambours qui suit l’entrée sous la Coupole rappelle étrangement celui qui accompagnait l’exécution du condamné. L’impression prend son sens lorsque, une fois sous la voûte, on découvre d’un coup les regards de ceux qui vous ont accompagné au long de votre vie, "tous les regards, tous les regards, de tous les yeux" chantait Apollinaire, de ceux qui sont présents mais plus encore, des absents, de ceux qu’on imagine, et qu’on aurait tant souhaité voir. C’est son existence qu’on voit défiler devant soi, comme elle défile dit-on, aux yeux de celui qui va mourir.
(...)
on voit au premier plan des Ambassadeurs de Holbein, est au crâne vu en vision normale. Crânons donc un peu, plutôt que ricaner : je trouve en vérité admirable que Le Vau, en hommage à Mazarin, ait édifié un bâtiment qui offre à nos yeux un enjeu non seulement politique, mais aussi artistique et scientifique.
(...)
Besogne immense en un temps comme le nôtre. Temps des effondrements, des ruines, des montagnes de gravats, disais-je. Poirot et nous, dix ans après, avons vécu les effets de ces effondrements. Piratage aujourd’hui des créations privées et mercantilisme étendu au patrimoine public ne sont que le prélude à cette liquidation générale des valeurs qui a lieu sous nos yeux. Mais d’abord l’effondrement de la langue, et ce qui l’accompagne, mépris de l’orthographe, haine de la littérature, déroute de la raison, multiplication dans la presse écrite et parlée de barbarismes verbaux qui ne sont que le premier pas vers les barbaries tout court.
Jean Clair
LE MONDE 19.06.09.
samedi 20 juin 2009
1223 : Tout Dickens
Mais le plus troublant demeure les nombreux conseils médicaux à son « cher Vadim », l’évocation de la mort du frère ou les souvenirs d’enfance : « Je lisais à mon père qui souffrait des yeux Dickens, tout Dickens. »
Par ERIC LORET
Libération 18/06/2009
Maurice Blanchot Lettres à Vadim Kozovoï suivi de la Parole ascendante Edition établie par Denis Aucouturier. Manucius, «Le marteau sans maître», 222 pp., 18 euros.
vendredi 19 juin 2009
1222 : Idole aux yeux
Doté d'un corps en forme de cloche et surmonté d'un col cylindrique sur lequel ont été disposés deux cercles perforés, cet objet étrange a longtemps été qualifié d'idole aux yeux ou d'idole à lunettes. Daté de la période de l'Uruk récent (3300-3000 av. J.-C.), on le trouve essentiellement en Mésopotamie du Nord et en Syrie. Il a d'abord été interprété comme un objet votif, mais il pourrait être mis en relation avec le travail du fil.
Chalcolithique (3300-3000 av. J.-C.)
© Musée du Louvre/C. Larrieu
mardi 16 juin 2009
1221 : Paul Duméry
16 juin, 4 heures après midi.
Hier soir, l'aventure avec la maîtresse d'anglais a été un peu trop rapide. Mais on se retrouvera.
(...) - Vous comprenez, me dit l'infirmier. On avait un peu moins l'oeil sur lui, dès l'instant qu'il n'était plus condamné à mort.
Tristan Bernard, Aux abois. Editions Albin Michel, 1933, p.248.
lundi 15 juin 2009
1220 : Avertissement
Une chanteuse, alors que les drinks savants, un bon gramophone et quelques désirs disséminés dans deux salons commencent à mettre un peu de féerie au sein de la plus banale assemblée, comme elle me demande ce que je pense de son répertoire, et que moi-même, exalté par l'alcool et deux yeux assez beaux pour que je veuille séduire le corps auquel ils appartiennent, lui réponds que son art ne la vaut pas, impatiente de justifier en l'expliquant sa carrière, et, pour ce, cherchant des raisons sans arriver à défendre ses couplets, à bout d'arguments essayés, déclare : « Oui, je sais le peu que valent mes chansons, le peu que valent tous ceux qui sont ici, tous ceux qu'il nous faut voir, mais... »
Elle n'achève pas sa phrase. Elle vient d'éprouver, de me faire éprouver que l'activité qui ne donne point à l'homme un oubli durable, ne le console non plus jamais par quelque sensation péremptoire et suffisante telle que, par exemple, la sensation de grandeur ou de vérité.
Et pourtant cette chanteuse et moi n'acceptons point de nous mésestimer, même et surtout lorsque nous avouons.
Alors, elle, des sillons de peur par tout le visage, un visage où la débâcle transparente du fard laisse voir les plus secrètes décompositions, en dépit de la volonté des yeux, elle, les mains comme des fleurs malades sur cette poitrine de velours qu'une lassitude déjà creuse, le corps rebelle au sursaut que l'esprit commande, elle, très lente, avec la gravité de qui présente au juge le dernier argument, affirme : « Je vais à tout par des chemins modestes. »
René Crevel, Mon corps et moi. Editions Jean-Jacques Pauvert, 1974, p.32.
jeudi 11 juin 2009
1219 : marbre rose
Minoru Niizuma (1930-1998)
Castle of the eye, 81,5x73x20cm
