DEFENSE DE SALIVER DES YEUX !

On peut dire que la mort se montre chaque fois que vous commencez à vous voir comme les autres vous voient.

vendredi 4 juillet 2008

1117 : Aveugle des cheveux

Chauve : aveugle des cheveux.

Le ballon de foot ignorait dans quel camp il se trouvait.

Le public tiède applaudit avec des gants.

Cela n'aurait pas été si difficile si ce n'avait été aussi facile.

On aperçut un périscope miniature émergeant à la surface de sa tasse de thé.

Toutes les semaines, le cannibale devait trouver un nouveau boucher.

Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il avait toujours assez de cigarettes jusqu'au moment où il n'en restait plus.

Jusqu'à présent, les vaches n'ont jamais donné le moindre signe qu'elles pratiquaient des sports collectifs.

A quel moment court est-il assez long ?

Pierre tombale ; marque-page de la mort.

Le crématorium fut réduit en cendres.

Qui est le dernier venu, la poule ou l'œuf ?

Ecrivez toujours entre les lignes.

Extraits du livre de Les Coleman "JE SUIS TROP VIEUX POUR MOURIR JEUNE" (dessins et "irréflexions"), éd. Station Underground d'Emerveillement Litttéraire, 2005. Traduction Lucien Suel.


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jeudi 3 juillet 2008

1116 : 16 avril 1178 av JC juste av midi

Quand le débat esthétique est épuisé, quand l’œil est las, quand il n’y a plus en nous suffisamment de musique pour faire danser la vie, alors il reste les équations, indiscutables, minérales, hypnotiques. C’est à ce nouveau prisme critique qu’il faut soumettre la prochaine rentrée littéraire, sauf à vouloir se vautrer dans un subjectivisme mou et poisseux. Quel est l’angle d’incidence des rayons du soleil sur les cheveux de la blonde héroïne lorsque celle-ci réclame son troisième Campari au bord de la piscine ? A quel moment de l’intrigue l’orbite de Pluton est-elle inclinée de 17° sur le plan de l’écliptique ?

Édouard Launet

Libération : jeudi 3 juillet 2008


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vendredi 27 juin 2008

1115 : L'OEIL JUSTE

Breton, qui n'a pas étudié l'art et son histoire, a l'oeil juste. Il sait regarder en un instant, d'un regard qui ne se soucie pas des réputations et qui, si savant soit-il devenu avec les années, demeure capable de se laisser surprendre : un regard extraordinairement mobile, vivant. Il suffit de songer à sa collection, dont l'album de "La Pléiade" (offert pour tout achat de trois volumes de la collection, 360 p., 372 illustrations) contient de nombreuses photographies, parmi une abondance de précieux documents. Elle est diverse, extravagante et cependant absolument cohérente, parce que Breton ressent ce qui, dans une katchina hopi ou une sculpture de Nouvelle-Bretagne, se rapporte au Cerveau de l'enfant de Chirico et à une toile de Gorky - et réciproquement.

Philippe Dagen,  Breton, la magie du regard
LE MONDE DES LIVRES 26/06/08

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Leo Dohmen, Revanche de la nuit, 1958


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mercredi 18 juin 2008

1114 : Le masque du concret

La couleur des bas d'une femme n'est pas forcément à l'image de ses yeux, ce qui a fait dire à un philosophe qu'il est inutile de nommer : « Les céphalopodes ont plus de raisons que les quadrupèdes de haïr le progrès. » Max Morise

André Breton, Manifestes du surréalisme, Ed. Gallimard, coll "Idées nrf", 1971, p.53.


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mardi 17 juin 2008

1113 : Mon amour est toujours « pour la vie »

L’amour est ce qui nous cultive et nous enseigne, nous remet en question, nous lave les yeux, nous met sens dessus dessous, nous fait connaître la souffrance mais aussi la joie ineffable, la grâce ; nous tient en éveil et nous met à zéro, nous rend à notre humilité, notre humanité, notre divinité, nous fait mettre un genou à terre et monter au ciel, nous prépare à mourir, en nous apprenant à dépasser la mort en atteignant la vérité, qui est la vie absolue, la vie dans l’Éternel.

Alina Reyes
Du sexe et de l’amour, 15/06/2008


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lundi 16 juin 2008

1112 : L'opinion publique

Si Domenech risque de se retrouver dans l'œil du cyclone, c'est qu'il avait promis monts et merveilles pour cet Euro. Comme il y a deux ans, où il donnait rendez-vous en finale le 9 juillet, il a martelé cette année que son équipe serait au rendez-vous le 29 juin. L'opinion publique comprendrait mal après cela que les Bleus soient éliminés sans gloire au premier tour et en rendrait responsable le sélectionneur.

Jean-Yves Guérin
Le Figaro 16/06/08


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lundi 9 juin 2008

1111 : Choses sérieuses

En provenance de l’étrange et indéchiffrable galaxie sarkozyenne, deux signaux contradictoires, la semaine dernière, n’ont pas manqué de troubler les observateurs. En visite à Rome, Nicolas Sarkozy s’est laissé aller, une fois de plus, à son péché mignon: l’humiliation publique de journaliste accrédité. Sans doute, comme Obélix avec les Romains ou les sangliers, ne peut-il pas s’en empêcher.

Cette fois, c’est Philippe Ridet, du Monde, qui en a fait les frais. Alors que le journaliste, au cours d’une conférence de presse conjointe avec Berlusconi, lui demandait s’il se reconnaissait dans la nouvelle appellation, forgée par le politologue Pierre Musso, de sarko-berlusconisme, Sarkozy l’a renvoyé à ses futilités: lui, Sarkozy, était venu en Italie, non pour se regarder dans le blanc des yeux, mais pour parler de choses sérieuses, crise alimentaire, pétrole, agriculture, immigration clandestine. «Ne nous en voulez pas, Monsieur Ridet, on est toujours un peu occupés pour faire des comparaisons comme ça (…) Ne nous demandez pas d’avoir des comportements si nombrilistes. Je pense même que vos lecteurs souhaitent également que vous vous préoccupiez d’autre chose». En d’autres termes: si vous traitiez d’affaires sérieuses, votre journal, bien mal en point, se vendrait peut-être mieux.

Daniel
Schneidermann
Libération: lundi 9 juin 2008


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mercredi 4 juin 2008

1110 : O Mère d'Énée

Ne remarques-tu pas que nos yeux, lorsqu'ils se portent sur des objets minuscules, se fixent avec effort et attention, sans quoi ils ne pourraient assez les saisir ? Et même les corps les plus manifestes, si l'esprit ne s'y applique, restent pour lui comme dans un recul fort lointain. Faut-il donc s'étonner que l'esprit laisse échapper tous les simulacres auxquels son attention ne s'est pas donnée tout entière ?

(...)

En se gardant de l'amour, on ne se prive pas des plaisirs de Vénus ; au contraire, on les prend sans risquer d'en payer la rançon. La volupté véritable et pure est le privilège des âmes raisonnables plutôt que des malheureux égarés. Car dans l'ivresse même de la possession l'ardeur amoureuse flotte incertaine et se trompe ; les amants ne savent de quoi jouir d'abord, par les yeux, par les mains. Ils étreignent à lui faire mal l'objet de leur désir, ils le blessent, ils impriment leurs dents sur des lèvres qu'ils meurtrissent de baisers. C'est que leur plaisir n'est pas pur ; des aiguillons secrets les animent contre l'être, quel qu'il soit, qui a mis en eux cette frénésie. Mais Vénus tempère la souffrance au sein de la passion et la douce volupté apaise la fureur de mordre.

Lucrèce. De la nature. Ed. Garnier Flammarion, 1964, p.138-145.


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mardi 3 juin 2008

1109 : Delphine

- Je n'ai aimé que très peu de femmes, ce qui s'appelle vraiment aimer. Elles avaient des yeux verts ou bleus. Je suis loin d'avoir aimé toutes les blondes aux yeux bleus avec qui j'ai ...
- Bref, tu n'es pas fait pour les Méridionales ! Delphine a les yeux verts, c'est vrai.

François Weyergans, Trois jours chez ma mère. Éditions Grasset, 2005, p.28.


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lundi 2 juin 2008

1108 : Jeune inconnu aux yeux pervenche

Tout a commencé à Oran, en Algérie. Yves est né le 1er août 1936 de Lucienne et Charles Mathieu-Saint-Laurent, agent d'assurance. Il est l'unique garçon et l'aîné de cette famille française aisée. De ses premières années, il se souvient des "yeux bleus" de sa mère et de la tyrannie de ses petits camarades de classe, qui le "martyrisent". Il retiendra aussi des odeurs d'épices et des couleurs solaires, sources inextinguibles d'inspiration.
(...)
Deux ans plus tard, Christian Dior succombe brutalement à une crise cardiaque. En dix ans, le couturier du "new look" a laissé une empreinte indélébile dans la mode. Mais cette disparition soudaine catapulte ce "jeune inconnu aux yeux pervenche" (selon Françoise Giroud) au-devant de la scène. Le 15 novembre 1957, à 21 ans, il prend la tête de la maison Dior. Et, comme un signe d'émancipation, retire le tiret de son patronyme. Il devient Yves Saint Laurent.

Véronique Lorelle, Le Monde 02/06/08 


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samedi 31 mai 2008

1107 : Cette lecture « pour l'œil »

Cela s'applique à une page de texte aussi bien qu'à une partition de musique. Il est aussi stupide de lire des yeux sans entendre résonner les mots en soi, que de « lire » une portée musicale sans entendre aucun son ; celui qui lit sol, sol, sol, do, do, ré, ré, sol, mi, do, sans produire les notes correspondantes ne saura jamais qu'il s'agit des premières mesures de La Marseillaise. Pareillement, tel qui « voit » « Les sanglots longs des violons de l'automne, Blessent mon cœur d'une langueur monotone » et qui « lit » dans sa tête, « je m'emmerde en automne » est un crétin qui ne sait pas la musique de la langue qui ne sait pas lire !

Claude Duneton. Le bouillon de onze ans
Le Figaro 22/05/2008




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vendredi 30 mai 2008

1106 : La mort elle aussi brille par son absence

Peut-être que nos yeux ne sont qu'une pellicule photographique vierge, qu'on nous retire après la mort, pour la développer ailleurs et la projeter comme histoire de vie sur l'écran d'un cinéma infernal, ou l'expédier comme microfilm dans un vide sidéral ?

Jean Baudrillard, Cool memories. Editions Galilée 1987, p.83.


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jeudi 29 mai 2008

1105 : Deviner

Un amour ferme et solide commence toujours par l'éloquence d'action ; les yeux y ont la meilleure part. Néanmoins il faut deviner, mais bien deviner.

Blaise Pascal, Discours sur les passions de l'amour. Ed.1001 Nuits, 1995, p.19.


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mardi 27 mai 2008

1104 : De ce que la peinture peut faire surgir du néant

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Chris Vasell- CHAT - 2005
gallerie E.Perrotin


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lundi 26 mai 2008

1103 : One for the road

Elle appuya son visage contre ses genoux et je ne voyais plus que la chevelure blanche. Puis elle leva la tête. Ses yeux avaient repris leur expression lapidée.
- Dans ces cas-là, il faut partir loin, dis-je.
J'ai en enfin droit à un peu de gaieté sur ses lèvres.

Romain Gary, Clair de femme. Editions Gallimard, 1977, p.30.


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samedi 24 mai 2008

1102 : Penser

Penser, c'est voir ! me dit-il un jour, emporté par une de nos objections sur le principe de notre organisation. Toute science humaine repose sur la déduction, qui est une vision lente par laquelle on descend de la cause à l'effet, par laquelle on remonte de l'effet à la cause; ou, dans une plus large expression, toute poésie, comme toute oeuvre d'art, procède d'une rapide vision des choses.

Honoré de Balzac, Louis Lambert. Editions Albin Michel, 1927, p.40.


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jeudi 22 mai 2008

1101 : Revivre

Je suis sorti, mais dans ce pré devant la maison il n’y avait qu’un chat errant qui m’a regardé avec crainte, m’a regardé avec les yeux de ma mère, ses yeux de maintenant et qui m’ont fait peur. Les morts aimés sont effrayants à minuit, et ils revivent de vous effrayer.

Albert Cohen, Carnets, 1978. Editions Gallimard, 1979, p.141.


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mercredi 21 mai 2008

1100 : Marina

En ouvrant l’œil à l’aube, je compris que je me réveillais pour la première fois adulte. Et quel bonheur d’être l’ami d’une femme telle que celle qui dormait à côté de moi, dans une pluie de perles, nue et paisible, sur le grand lit normand, avec le reflet d’un sourire gentiment ironique sur sa belle bouche rose.


Maurice Girodias, J’arrive ! Editions Stock, 1977, p.471


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lundi 19 mai 2008

1099 : Eyelash wimper pestana ciglio

Les cils, ces pistils de la fleur des yeux.
Jules Renard, Journal (28 mai 1898),  Éd. Pléiade, p.487.

Toutes les écoles supérieures sont mauvaises et celle que nous fréquentons est toujours la plus mauvaise si elle ne nous ouvre pas les yeux.
Thomas Bernhard, Le naufragé, Ed. Gallimard, 1986, p.20. Traduction  Bernard Kreiss.

L'amour la solitude sont comme les deux yeux d'un même visage.
Christian Bobin,  La grâce de solitude, Éd. Albin Michel, 2006, p.29..


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1098 : Moi

Ce n'est pas dans Montaigne mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois.

"Les nerfs optiques, qui en sont les organes, ne sont point mus par l'air, ni par les autres corps terrestres, mais seulement par les parties du second élément qui, passant par les pores de toutes les humeurs et peaux transparentes des yeux, parviennent jusques à ces nerfs..." Descartes, Principes de la philosophie, IV, 195. Notes p.318

Blaise Pascal, Pensées, Ed. Folio, 1977, p.136.


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