DEFENSE DE SALIVER DES YEUX !

On peut dire que la mort se montre chaque fois que vous commencez à vous voir comme les autres vous voient.

dimanche 5 juillet 2009

1232 : Des lunes de moisson

Tasse-de-thé change de sujet : « Récite-moi un poème, ton meilleur. »
Le visage de Dents-de-lapin s’éclaircit, ses yeux écarquillés se mettent à briller, ses dents s’élancent vers l’avant en un immense sourire. Ce gars porte son cœur sur la manche, comme on dit chez nous, et l’émotion de chaque moment se lit aisément sur le livre grand ouvert de ses traits.« Avec plaisir, Monsieur ! J’ai écrit ce haïku par une nuit de pleine lune dans le champ de riz de mon père ! Du fond d’un fossé, un chat me fixait. Au début, je ne me rendais pas compte qu’il était mort, son regard reflétait le clair de lune. Puis j’ai vu que son corps était raide, et qu’une bonne moitié de ce corps traînait sous l’eau noire. Donc, voilà :

« Dans les yeux du chat mort
des lunes
de moisson. »

David Gérard Lanoue, Fou de haîkus. Editions La part commune


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samedi 4 juillet 2009

1231 : Mes yeux dans vos yeux

Des femmes des hommes
Les affaires
Un pays ambitieux
De souveraineté
J'aime que l'on plie les yeux
Des ennuis
Surtout dans la mer de thorax
Mais je dis des mensonges désintéressés
C'est à peu près la même chose
La vérité de l'âme
Est la grande lâcheté de l'orgueil académique
Mes yeux dans vos yeux
Je suis content
Dans ma solitude oubliée

Francis Picabia
Je dédie cet ouvrage à tous les docteurs neurologues en général et spécialement aux docteurs.


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jeudi 2 juillet 2009

1230 : Transparent

Calimero du précédent gouvernement ? « Pour eux, je n’avais pas les codes, pas le vernis, pas les réseaux, je n’existais pas », balance-t-il. Le ministre des Affaires étrangères, « par exemple, ne m’a jamais dit bonjour, jamais adressé la parole », se plaint Laporte, « transparent » aux yeux de Kouchner.
(...)
Dernière cible : l’écrivain Bernard-Henri Lévy qui l’avait comparé à un « porc » dans une émission de télévision. « J’ai décroché mon téléphone et nous avons eu une explication très vive, se souvient Laporte. J’ai eu l’impression qu’on lui avait rarement parlé comme ça. Là, tout à coup, il ne faisait pas le fier.»

Libération 30/06/2009 (source AFP)


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mercredi 1 juillet 2009

1229 : Dans l'oeil

Dans l’œil du critique -
Bernard Lamarche-Vadel et les artistes
est une réflexion sur le rôle et l’engagement du critique d’art vis-à-vis de la création française et internationale. Sur une surface d’environ 1 000 m2, elle est conçue comme un salon où l’on peut lire, voir et entendre les analyses du critique, des entretiens et des conférences en regard de plus de 200 œuvres d’une soixantaine d’artistes que Bernard Lamarche-Vadel a découverts, défendus ou côtoyés. Très proche des artistes, fondateur d’une nouvelle manière de voir, il a contribué à former la scène française en découvrant des créateurs et en participant à l’intelligence de leur travail. Défendant des singularités plus que des mouvements, il a marqué les générations suivantes.

Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris / ARC
Du 29 mai au 6 septembre 2009


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lundi 29 juin 2009

1228 : Verge et Joséphine

À l'aube, le Major ouvrit les yeux.
Il s'étira et mit sa robe de chambre.
Dans l'autre chambre, Verge et Joséphine commençaient à se décoller l'un de l'autre en versant de l'eau chaude.

Boris Vian, Le loup-garou, Editions 10/18, n°676, 1979, p.57.


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dimanche 28 juin 2009

1227 : Chouette

les_yeux_ronds_21Dans Les Yeux ronds (2006), Ariane Michel filmait en gros plan une chouette observant le ballet des voitures sur la place de la Concorde, renversant le rapport entre homme et nature.

Ariane Michel, Les yeux ronds

50° nord


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vendredi 26 juin 2009

1226 : Égéen

Ses beaux yeux bleus égéen sont voilés par la fatigue des jours. Elle est presque aveugle. Même ses souvenirs, elle les perd de vue. Sa mémoire se brouille. Les noms propres des amis chers lui échappent. Elle entend mal et dicte désormais ce qu'elle ne peut plus rédiger. Avec une grosse loupe, elle sauve quelques mots des livres qu'elle a tant aimés, et dont lui reste la musique du style. Seuls lui parviennent encore, puissants, intacts comme au printemps de la vie, les parfums boisés et musqués de son jardin d'Aix- en-Provence, après la pluie qui les a révélés.

Jacqueline de Romilly, Les Révélations de la mémoire, Ed.Fallois, 126 p., 15 euros.

Jérome Garcin,
Le Nouvel Observateur, 25/06/2009, p.97.


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jeudi 25 juin 2009

1225 : Brouillard

Orvert Latuile se réveilla le treize août d'un sommeil de trois cents heures; il sortait d'une cuite un peu sévère et se crut tout d'abord aveugle; c'était faire bien de l'honneur aux alcools qu'on lui avait servis. Il faisait nuit, mais d'une nuit différente; car, les yeux ouverts, il ressentait l'impression que l'on éprouve lorsque le jet d'une lampe électrique tombe sur les paupières closes.
(...)
- Bon Dieu, se dit-il, quel drôle de truc que ce brouillard.
(...)
- Je descends chez ma logeuse et je laisse ma braguette ouverte, dit-il. On va bien voir s'il y a du brouillard ou si c'est mes yeux.

Boris Vian, Le loup-garou. Editions 10/18, 1976, p.60.


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mercredi 24 juin 2009

1224 : Qui fut en vérité Bertrand Poirot-Delpech ?

La première fois qu’il s’entend, le roulement des tambours qui suit l’entrée sous la Coupole rappelle étrangement celui qui accompagnait l’exécution du condamné. L’impression prend son sens lorsque, une fois sous la voûte, on découvre d’un coup les regards de ceux qui vous ont accompagné au long de votre vie, "tous les regards, tous les regards, de tous les yeux" chantait Apollinaire, de ceux qui sont présents mais plus encore, des absents, de ceux qu’on imagine, et qu’on aurait tant souhaité voir. C’est son existence qu’on voit défiler devant soi, comme elle défile dit-on, aux yeux de celui qui va mourir.
(...)
on voit au premier plan des Ambassadeurs de Holbein, est au crâne vu en vision normale. Crânons donc un peu, plutôt que ricaner : je trouve en vérité admirable que Le Vau, en hommage à Mazarin, ait édifié un bâtiment qui offre à nos yeux un enjeu non seulement politique, mais aussi artistique et scientifique.
(...)
Besogne immense en un temps comme le nôtre. Temps des effondrements, des ruines, des montagnes de gravats, disais-je. Poirot et nous, dix ans après, avons vécu les effets de ces effondrements. Piratage aujourd’hui des créations privées et mercantilisme étendu au patrimoine public ne sont que le prélude à cette liquidation générale des valeurs qui a lieu sous nos yeux. Mais d’abord l’effondrement de la langue, et ce qui l’accompagne, mépris de l’orthographe, haine de la littérature, déroute de la raison, multiplication dans la presse écrite et parlée de barbarismes verbaux qui ne sont que le premier pas vers les barbaries tout court.

Jean Clair
LE MONDE 19.06.09.


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samedi 20 juin 2009

1223 : Tout Dickens

Mais le plus troublant demeure les nombreux conseils médicaux à son « cher Vadim », l’évocation de la mort du frère ou les souvenirs d’enfance : « Je lisais à mon père qui souffrait des yeux Dickens, tout Dickens. »

Par ERIC LORET
Libération 18/06/2009

Maurice Blanchot Lettres à Vadim Kozovoï suivi de la Parole ascendante Edition établie par Denis Aucouturier. Manucius, «Le marteau sans maître», 222 pp., 18 euros.


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vendredi 19 juin 2009

1222 : Idole aux yeux

idole Doté d'un corps en forme de cloche et surmonté d'un col cylindrique sur lequel ont été disposés deux cercles perforés, cet objet étrange a longtemps été qualifié d'idole aux yeux ou d'idole à lunettes. Daté de la période de l'Uruk récent (3300-3000 av. J.-C.), on le trouve essentiellement en Mésopotamie du Nord et en Syrie. Il a d'abord été interprété comme un objet votif, mais il pourrait être mis en relation avec le travail du fil. 

Chalcolithique (3300-3000 av. J.-C.)
© Musée du Louvre/C. Larrieu


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mardi 16 juin 2009

1221 : Paul Duméry

16 juin, 4 heures après midi.

Hier soir, l'aventure avec la maîtresse d'anglais a été un peu trop rapide. Mais on se retrouvera.

(...) - Vous comprenez, me dit l'infirmier. On avait un peu moins l'oeil sur lui, dès l'instant qu'il n'était plus condamné à mort.

Tristan Bernard, Aux abois. Editions Albin Michel, 1933, p.248.


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lundi 15 juin 2009

1220 : Avertissement

Une chanteuse, alors que les drinks savants, un bon gramophone et quelques désirs disséminés dans deux salons commencent à mettre un peu de féerie au sein de la plus banale assemblée, comme elle me demande ce que je pense de son répertoire, et que moi-même, exalté par l'alcool et deux yeux assez beaux pour que je veuille séduire le corps auquel ils appartiennent, lui réponds que son art ne la vaut pas, impatiente de justifier en l'expliquant sa carrière, et, pour ce, cherchant des raisons sans arriver à défendre ses couplets, à bout d'arguments essayés, déclare : « Oui, je sais le peu que valent mes chansons, le peu que valent tous ceux qui sont ici, tous ceux qu'il nous faut voir, mais... »

Elle n'achève pas sa phrase. Elle vient d'éprouver, de me faire éprouver que l'activité qui ne donne point à l'homme un oubli durable, ne le console non plus jamais par quelque sensation péremptoire et suffisante telle que, par exemple, la sensation de grandeur ou de vérité.

Et pourtant cette chanteuse et moi n'acceptons point de nous mésestimer, même et surtout lorsque nous avouons.

Alors, elle, des sillons de peur par tout le visage, un visage où la débâcle transparente du fard laisse voir les plus secrètes décompositions, en dépit de la volonté des yeux, elle, les mains comme des fleurs malades sur cette poitrine de velours qu'une lassitude déjà creuse, le corps rebelle au sursaut que l'esprit commande, elle, très lente, avec la gravité de qui présente au juge le dernier argument, affirme : « Je vais à tout par des chemins modestes. »

René Crevel, Mon corps et moi. Editions Jean-Jacques Pauvert, 1974, p.32.


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jeudi 11 juin 2009

1219 : marbre rose

IMG_0109

Minoru Niizuma (1930-1998)
Castle of the eye, 81,5x73x20cm


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mardi 9 juin 2009

1218 : Coup unique

Un seul coup entre les deux yeux. C'était l'unique moyen de tuer la douleur.

Henry Miller, Nexus. Editions Buchet Chastel, 1970, p.228.


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dimanche 7 juin 2009

1217 : I

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Ikea, 2009, p.180.


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vendredi 5 juin 2009

1216 : la machine amoureuse

Je l'ai vu endormir la femme... l'endormir...in articulo mortis... pour lui, car elle allait lui enfoncer son épingle dans les yeux... Ses yeux feront tomber n'importe qui à la renverse... Personne n'est assez fou pour regarder dans les yeux, la nuit, le fanal double d'une locomotive qui grandit en s'approchant, je suppose ?
— Alors, dit Arthur Gough, revenons à des procédés anciens.

Alfred Jarry, Le surmâle, Ed Le Club Français du Livre, 1963, p.85


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jeudi 4 juin 2009

1215 : Traverser la nuit

Il y a des yeux qui valent tous les malheurs futurs, il y a des futurs qui valent toutes les vies antérieures, quand celle qui est restée toute la nuit vous fait aussi traverser la ville.

Jean Baudrillard, Cool memories, 1980-1985. Ed Galilée, 1987, p.30.


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mercredi 3 juin 2009

1214 : Alerte aux yeux fermés

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Pentax Optio P70


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mardi 2 juin 2009

1213 : Anthoveaulogy

Les soirs d'été, les habitants de Sore font des feux de sarments le long de l'Olabide grise. Ils cuisent sur les braises des intestins farcis de petits veaux et chantent des chansons tristes.

Gilbert Lascault, Gens ordinaires de Sore-Les-Sept-Jardins. Editions Gallimard/L'Arpenteur, 1994, p.46.


Qui tue un boeuf rend orphelin un veau... (p.304)

La cruauté gastronomique culmine lorsque le menu annonce : «Côte de veau élevé sous la mère». Tandis que le plat se mitonne à la cuisine on essaie d'oublier les affres de la séparation, l'affolement du veau qui n'a jamais quitté la chaleur du ventre maternel et le désespoir de la vache qui n'ignore pas, depuis qu'elle a vêlé, le traitement qu'on réserve à ce petit qu'elle a materné patiemment mais sans espoir. (p.320)

Philippe Bouvard, Journal 1997-2000. Pocket, 2004.


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