J'éprouve, en effet, pour le violet une horreur sans borne, qui va jusqu'à m'empêcher de pouvoir séjourner dans une pièce où cette couleur, même hors de ma perception directe, laisse filtrer quelques-uns de ses rayons mortels.Il m'avait été agréable  d'apprendre que Rimbaud, dont l'oeuvre jusque-là me paraissait trop à l'abri des tempêtes passionnelles pour être pleinement humaine, avait de ce côté éprouvé au moins une déception grave. De plus, les yeux des femmes étaient, comme je l'ai donné suffisamment à entendre, tout ce sur quoi je pouvais prétendre me guider alors. Maintes fois, et très récemment encore, je m'étais ouvert à quelque ami de l'extraordinaire nostalgie où me laissaient, depuis l'âge de treize ou quatorze ans, de tels yeux violets qui m'avaient fasciné chez une femme qui devait faire le trottoir à l'angle des rues Réaumur et de Palestro. J'étais, je me souviens si bien, avec mon père.

André Breton, Les vases communicants. Editions Gallimard / Idées n°223, 1981, p.120.