Deux jours avec un seul oeil :
le médecin a posé un tampon
pour éloigner l'infection
de ma cornée abrasée.

S'y adapter est aussi difficile
que s'adapter à l'obscurité :
pas de troisième dimension
et l'oeil emmailloté
n'annonce au cerveau
qu'une tache de gaze.

On se sent maladroit :
l'ouïe et la pensée s'en ressentent.
L'odorat seul s'améliore
dans cet univers en réduction et brumeux.

Quand on a retiré le tampon
le monde réel était devenu alarmant,
distendu,trop brillant :
une sorte de plaisanterie, un livre-relief.

John Updike, La condition naturelle, Ed. Gallimard, 1988, p.54. Traduction Alain Suied.