Les mains chenues de Georges et Madeleine s’entrelacent encore sous les ors du Louvre, devinent de concert le profil de sainte Catherine d’Alexandrie, tracé de la main virtuose de Raphaël. Georges ne voit plus, alors Madeleine guide ses doigts sur le panneau qui, en relief, reproduit l’esquisse du maître de la Renaissance. De l’art en braille, en quelque sorte.

Minutieusement, Georges dessine une image mentale du croquis, se figure à tâtons les plis du drapé de la sainte, sa main sur le cœur, puis sa silhouette et le vide qui l’entoure, enfin la composition générale de l’ébauche.

« Le voyant a l’appréhension générale du tableau et va ensuite dans le détail. Pour nous, c’est l’inverse », explique Jean, venu avec son chien parmi la dizaine de personnes aveugles ou malvoyantes réunie dans le cabinet des dessins du Louvre (1)« Comme la lecture, ça demande un apprentissage », précise-t-il.

(...)
Louis Nadau, La Croix, 31/01/2016.