Je remarquai enfin l'état de mes habits
de cérémonie. Les boutons de mon veston
pendaient en déséquilibre à l'extrémité
des fils tels des yeux désorbités, liés
à des restes de fibres optiques. Lacéré
de déchirures, mon pantalon flottait de
tous côtés, ainsi qu'un habit de scène,
pour danseuse de tamouré. Le désir d'un
soudain départ loin de la vie terrestre
envahit mon esprit. J'avais des bleus à
la cuisse. L'une de mes côtes saillait,
comme un long arc violacé. Laure m'aida
à regagner ma cellule. Sur mon matelas,
était épinglé le dernier message du bon
lapin : «Désormais tu dois prendre soin
de mon honneur, de mes intérêts, de mes
oreilles, et je prendrai soin de vous.»


Lucien Suel, Le lapin mystique (1)