Le paraître, c'est de la poudre aux yeux : qu'on en soit aveuglé d'abord, rien de mieux à condition qu'on s'en délivre vite, et que l'Être soit démasqué. Or, sur cette terre sans ciel, l'Être c'est la chose elle-même, telle que Dieu l'a pétrie, enfermée dans son lieu et délaisée. Pour le Tintoret, la substance est tangible. Environné de masses opaques, il s'y cogne et redécouvre à chaque fois son opacité massive. Bref, ce croyant sombre n'admet qu'un absolu : la matière.

Jean-Paul Sartre, Le Séquestré de Venise, Situations, IV. Editions Gallimard, 1964,p.302.