DEFENSE DE SALIVER DES YEUX !

«On peut dire que la mort se montre chaque fois que vous commencez à vous voir comme les autres vous voient.» ( Philippe Sollers)

mercredi 30 septembre 2009

1272 : Est-ce la nuit ?

En entendant le grand bruit du canot frappant la mer, la baleine se tourna pour présenter son oeil vide à l'ennemi; mais dans ce mouvement, apercevant la masse noire du vaisseau qui approchait, et sans doute, voyant en lui la source de toutes ses persécutions, le prenant peut-être pour un ennemi plus grand et plus noble, elle chargea subitement sur sa proue approchante, claquant ses mâchoires parmi l'étincelante écume.
Achab trébucha, sa main frappa son front.
- Je deviens aveugle; mais étendez-vous devant moi, que je puisse encore trouver mon chemin en tâtonnant. Est-ce la nuit ?

Herman Melville, Moby Dick. Folio n°1216/1217, 1991, p.362.
Adaptation en 15 épisodes de Philippe Jaworski


Posté par Sparadrap à 12:07:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 29 septembre 2009

1271 : Violet

J'éprouve, en effet, pour le violet une horreur sans borne, qui va jusqu'à m'empêcher de pouvoir séjourner dans une pièce où cette couleur, même hors de ma perception directe, laisse filtrer quelques-uns de ses rayons mortels.Il m'avait été agréable  d'apprendre que Rimbaud, dont l'oeuvre jusque-là me paraissait trop à l'abri des tempêtes passionnelles pour être pleinement humaine, avait de ce côté éprouvé au moins une déception grave. De plus, les yeux des femmes étaient, comme je l'ai donné suffisamment à entendre, tout ce sur quoi je pouvais prétendre me guider alors. Maintes fois, et très récemment encore, je m'étais ouvert à quelque ami de l'extraordinaire nostalgie où me laissaient, depuis l'âge de treize ou quatorze ans, de tels yeux violets qui m'avaient fasciné chez une femme qui devait faire le trottoir à l'angle des rues Réaumur et de Palestro. J'étais, je me souviens si bien, avec mon père.

André Breton, Les vases communicants. Editions Gallimard / Idées n°223, 1981, p.120.


Posté par Sparadrap à 17:01:38 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

dimanche 27 septembre 2009

1270 : A.R.

Quand le monde sera réduit en un seul bois noir pour nos quatre yeux étonnés, - en une plage pour deux enfants fidèles, - en une maison musicale pour notre claire sympathie, - je vous trouverai.
Qu'il n'y ait ici-bas qu'un vieillard seul, calme et beau, entouré d'un "luxe inouï", - et je suis à vos genoux.
Que j'aie réalisé tous vos souvenirs, - que je sois celle qui sait vous garrotter, - je vous étoufferai.

Arthur Rimbaud, Phrases.


Posté par Sparadrap à 15:58:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

samedi 26 septembre 2009

1269 : C'est la jambe

“L’œil n’est pas la question. L’organe photographe, c’est la jambe : courir, sauter, franchir des obstacles, traverser une rue, grimper à un lampadaire, monter sur une caisse pour fixer une scène sous une lumière particulière.”

Willy Ronis


Posté par Sparadrap à 19:13:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 25 septembre 2009

1268 : R.B.

Quel est le Barthes qui compte le plus à vos yeux ?

Je retiens pratiquement tout, notamment les livres publiés dans ma collection (Tel Quel). On s’est beaucoup amusés lors de sa polémique avec Raymond Picard. C’est moi qui ai publié sa réponse, Critique et vérité. D’autres livres ont suivi, très importants. Le Sade, Fourier, Loyola est ne vieillit pas. Le S/Z, consacré à Sarrasine de Balzac, non plus. Il y a aussi ce livre magnifique, l’Empire des signes, il y a La Chambre claire.

Le Magazine Littéraire, n° 482, janvier 2009.p.82.


Posté par Sparadrap à 17:42:00 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 24 septembre 2009

1267 : Chose

Peut-on désirer "physiquement" une "chose" répugnante à l'oeil ?

Poulette


Posté par Sparadrap à 18:12:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 23 septembre 2009

1266 : Yeux jaunes du démon

< Au matin, dès le petit jour, il regagnait tristement sa demeure, conservant peu d’espoir de retrouver son cher compagnon quand, au coin de la rue Saint-Yves, il aperçut dans le ruisseau une grosse boule grise. Il s’approcha, se pencha et reconnu...t son chien, son pauvre Mami qui gisait, la tête écrasée, dans une mare de sang. (...)

Procas poussa un cri déchirant, son poing se tendit dans le vide en un geste de menace, puis, il ramassa la bête et la prit dans ses bras. Ceux qui virent passer cet homme horrible avec ce cadavre de chien qu’il portait comme un enfant demeurèrent étonnés et quelques-uns s’étant permis de rire,

Procas les regarda d’un air si terrible Procas poussa un cri déchirant, son poing se tendit dans le vide en un geste de menace, puis, il ramassa la bête et la prit dans ses bras. Ceux qui virent passer cet homme horrible avec ce cadavre de chien qu’il portait comme un enfant demeurèrent étonnés et quelques-uns s’étant permis de rire, Procas les regarda d’un air si terrible qu’ils reculèrent, médusés par ces yeux jaunes qui semblaient ceux d’un démon.qu’ils reculèrent, médusés par ces yeux jaunes qui semblaient ceux d’un démon.

Arnould Galopin, Le bacille, p.106 (né à Marboeuf en Normandie le 9 février 1863- 9 décembre 1934)


Posté par Sparadrap à 16:57:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 22 septembre 2009

1265 : Les Ravagés

Dans le visage un oeil qui n'existe plus, comme bu par un buvard. Il en reste le pli. OEil qui a renoncé à être, ne trouvant au-dehors rien à sa convenance.
L'autre, fermé par une large et pesante paupière semble bien déterminé à ne pas se relever.
Un être a baissé ses volets.
Douloureuse, la bouche amère exprime assez que ce n'est pas pour rêver à des fleurs ou à des charmes que l'oeil a été refermé si décisivement, ni pour contempler d'intéressantes constructions du subconscient, mais pour seulement rester cantonné en sa misère, à l'abri dans sa misère, où il y a annulation de tout, mélancolie exceptée.
À distance, formant une rougeoyante, menaçante inégale ligne d'horizon, un incendie, les minces lèvres d'un grand incendie. Brasier impossible à maîtriser. On ne va pas pouvoir le contenir davantage.
Lointain encore, encerclant déjà, que lui seul voit.

Henri Michaux, Chemins cherchés, Chemins perdus, Transgressions. Editions Gallimard/ Pléiade T.III, 2004, p.1173.


Posté par Sparadrap à 17:00:45 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 15 septembre 2009

1264 : Rentable

Les grands musées sont semblables à des cavernes de voleurs étalant aux yeux de tous le résultat de siècles de rapine, alors foutez nous la paix avec le respect de la propriété quand on fauche un croissant. Tous sont devenus des entreprises, rendement oblige.

Paul-Armand Gette : 16/07/2009


Posté par Sparadrap à 16:39:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

jeudi 10 septembre 2009

1263 : Co2phonie

M. Sarkozy a annoncé en outre la création d'une commission indépendante chargée de garantir "une transparence totale sur les compensations", une proposition du groupe d'experts.

A ses yeux, cette taxe représente "la première étape d'une révolution fiscale appelée à se déployer sur plusieurs décennies".

Le Figaro Vert 10/09/2009


Posté par Sparadrap à 18:45:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :
« Accueil  1  2   Page suivante »