DEFENSE DE SALIVER DES YEUX !

«On peut dire que la mort se montre chaque fois que vous commencez à vous voir comme les autres vous voient.» ( Philippe Sollers)

vendredi 28 août 2009

1256 : Mon existence

Peut-être vais-je désormais, à l'instar de Démocrite qui se creva les yeux, peut-être, dit BW, vais-je désormais mieux voir mon exitence et mieux voir le soleil autour duquel elle tourne.

Lydie Salvayre, BW. Editions du Seuil, 2009, p.11.


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jeudi 13 août 2009

1255 : Grain de sable

«Apple : les ventes explosent… les produits aussi», a titré mardi le quotidien La Provence. Le site Internet du journal méridional a révélé qu'à Aix-en-Provence «un jeune homme qui utilisait le téléphone portable de sa petite amie, un iPhone, aurait vu l'objet lui exploser à la figure. Une défaillance qui a déjà été révélée sur d'autres produits d'Apple». Plus de peur que de mal. Romain, 17 ans, ne présentait pas de blessures sérieuses mais a reçu comme «un grain de sable dans l'œil», peut être un microscopique bout de verre. Mercredi, le quotidien marseillais a montré une photo de «l'appareil endommagé», qui ressemble à un iPhone ou à un iPod touch dont l'écran est fissuré après une chute. Jeudi, c'est un Marseillais qui affiche l'écran de son téléphone entièrement fissuré, même si lui n'a pas été blessé.

Le Figaro, 13/08/2009


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samedi 8 août 2009

1254 : Perdus dans la verdure et les fleurs

Même si j'avance, même si chacune de mes journées est très « productive » et même si je suis remplie à ras bord d'espoir quand mon coeur se tourne vers Montréal, je rencontre de temps en temps des vagues de nausées qui m'immobilisent. Alors s'il fait beau je prépare un sandwich que je sors manger dehors au soleil [quand y'en a] accompagné d'un bon verre de rouge, ou deux ; après et pendant ce moment de gracieuse paix, les yeux perdus dans la verdure et les fleurs, je chasse les moustiques, fais un tour dans le jardin soigner quelques beaux légumes et cueillir les plus généreux pour le repas du soir et ensuite je rentre et monte m'allonger dans le grand lit pour faire une sieste bienheureuse et après quand je me lève la besogne à venir semble moins lourde. Je compte les jours qui restent [15]. Je sors un chiffon et nettoie, dépoussière, mets des choses en boîte, ferme les boîtes avec du papier collant [celui large et transparent qui colle sur les doigts, les cheveux, sur les ciseaux et sur lui-même et s'entortille, si mince que si on le perd, il faut gratter quinze minutes pour retrouver le bout, grrr].

Annie Stroheim : dimanche 26 juillet 2009.


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vendredi 7 août 2009

1253 : Décentrement

Car les papilles, pour Montaigne, sont des moyens de transport, si l'on ose dire. A ses yeux, le goût, mieux que tout autre sens, permet de nous décentrer, nous dépayser, nous défaire des ancrages routiniers. Rien de plus insolite et instructif à expérimenter qu'une saveur inconnue, étrangère et neuve. Car la surprise gustative nous parle des autres et des ailleurs de la manière directe ; elle surgit au sein même de notre intimité. Cet arôme qui surprend, séduit, déroute ou dégoûte, c'est la découverte, au-dedans de notre sensibilité, de ce qu'est l'univers des autres.

Roger-Pol Droit, Le goût de Montaigne, Le Monde du 30/07/2009.

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jeudi 6 août 2009

1252 : Etreinte des yeux pers

Dans la brocante de vocables que déballe Mercier, que trouve-t-on ?
Parfois de très vieux mots oubliés, égarés, ensevelis, auxquels il suffit de dire : « Lève-toi et marche.» Ainsi, l'adjectif «pers», pour peindre l'incertaine nuance entre bleu et vert, si séduisante dans les yeux pers; ou le substantif «étreinte», démodé bien que toujours pratiqué.

Parfois encore des mots d'usage local, destinés à se généraliser : tel «capitaliste», en vogue seulement à Paris - on peut en savourer la définition : «Monstre de fortune, homme au coeur d'airain, qui n'a que des affections métalliques.»

Et toujours les mots frais éclos de la Révolution : «citoyen» a désormais remplacé bourgeois, «élire» est d'emploi courant, «encachoté», un sort commun. Et comme après les affreuses journées de septembre «septembriser» est devenu synonyme de massacrer, pourquoi ne pas créer «juillettiser», tellement plus pimpant et propre à séduire les peuples en mal d'abattre leurs Bastilles ?

Mona Ozouf, Le Nouvel Observateur du 25 juin 2009.
Louis Sébastien Mercier, Néologie. Editions Belin, 592 p., 26 euros.


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mercredi 5 août 2009

1251 : Jean-Rachid

Mais, aux yeux du monde , la seule exception culturelle française reste Le Pen.

Jean-Marc Parisis, Renvoi d'ascenseur. Editions La Table Ronde, 2003, p.96.


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mardi 4 août 2009

1250 : Ce sourire

51

A Emmanuel

Regarde, c'est moi
à trois ans

Les mains dans les poches
mars 1950

Deux pronoms sur ma table
or on dit toujours autre chose

Eh Kid ! Regarde-moi ce front
et ces yeux, ce sourire !

oui

Emmanuel Hocquard, Théorie des tables.
Une autre anthologie. Editions Fourbis, 1992, p.106.


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lundi 3 août 2009

1249 : Guide

Avant de mourir, Lucien Guitry avait dit à sa femme : «Vous serez ma veuve, vous me fermerez les yeux et vous ouvrirez mes tiroirs.»

Françoise Colin-Bertin, Le guide du promeneur. Editions Parigramme, 1995, p.65.


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dimanche 2 août 2009

1248 : D.S.

Remember est une vieille DS gris argent, la beauté même avec sa gueule de raie aux yeux qui bougent. Comme souvent tu ne sais plus très bien où tu l'as garée, il te faut farfouiller du côté de la place des Fêtes, up and down Belleville, et au fur et à mesure que tu tournes évidemment la pelote s'embrouille... Tours noires sur le ciel oeil au beurre noir, antennes à feux rouges, comme des hunes de navire.

Olivier Rolin, Tigre en papier. Editions du Seuil, 2002, p.93.


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samedi 1 août 2009

1247 : C'est sa façon de respirer

Je ne sais pas écrire, voilà ce que chaque jour m'apprend, chaque levée d'herbes sous le vent, le moindre froissement de lumière dans le feuillage, l'ombre qui passe vite dans les yeux de ma chienne malade; je ne sais pas écrire, n'ai pas appris, et chaque nuit pourtant me tire à la ligne entre les pages blanches du livre de la vie et de la mort, moi qui ne sais de JE sinon qu'il est celui
qui ne sais pas écrire et qui écrit
L'écrivain écrit, c'est son métier
Le poète s'écrit, c'est sa façon de respirer

Guy Goffette, Qu'est-ce que la poésie, Textes réunis par Bernard Noël. Editions Jean-Michel Place, 1995. p.84.
LFA


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