P. Bayard. - Le cas le plus frappant, je me frotte du reste les yeux chaque fois que je le relis, c'est un passage de « Fort comme la mort » de Maupassant, publié en 1889, où le célèbre mécanisme proustien de la mémoire involontaire se trouve décrit avec une incroyable précision. Or ce roman, peu connu, précède de loin la parution du premier volume de la «Recherche», et il est peu crédible que Proust, qui n'hésitait jamais à indiquer ses sources, l'ait classiquement plagié. Non, ce texte surgit vraiment chez Maupassant comme un élément brut venu d'ailleurs. D'où mon hypothèse: si ça ne vient pas d'avant, ça vient d'après.

Pierre Bayard, Le Plagiat par anticipation, Ed. de  Minuit, 2009.
Nouvel Observateur :15/01/2009, p.84.