mardi 31 mars 2009
1179 : Je m'appelle Mathilda
Je ne fais ni cauchemars post-traumatisants, ni d'affreux rêves néosexuels; je dors puis mes yeux s'ouvrent et la lumière me donne les premiers paramètres à assimiler : heure, temps, ambiance...
Éric Arlix
Arsenal n°3, Editions até, 1999, p.117.
lundi 30 mars 2009
1178 : Recette
Se suicider
après le petit déjeuner
Au petit déjeuner il vaut mieux boire un verre
de lait.
Le lait contient beaucoup de vitamine A.
La vitamine A prévient les maladies
de l'oeil.
L'oeil sert à regarder.
Et il faut regarder
le monde.
...
Ewa Lipska
mercredi 25 mars 2009
1177 : Faillite
Le courtier : « Dans ma banque un cheval s'est pendu;
Il me lisait des vers le jour de la faillite »;
Le chirurgien : « L'enfant que l'étoile a mordu,
Aura des yeux de météore; il le mérite. »
Alain Bosquet, Deuxième Testament, Editions Gallimard, 1959, p.111.
lundi 23 mars 2009
1176 : Ô coin
Philippe Billé, avec ses vœux pour 2009, m'a envoyé les six numéros de Discreto, sa dernière lubie éditoriale. Dans le numéro 5 (Au coin des yeux, d'un certain François Talmont), je lis en date du 25 septembre 2008 : "Je me souviens très bien de la première fois où j'ai entendu quelqu'un parler dans son téléphone à une terrasse de café comme s'il était seul au monde et que je m'étais dit que cette fois c'était sûr les carottes étaient cuites".
C'est sûr ! Elles sont cramées. Il n'y a pas très longtemps encore se "parler tout seul" vous faisait regarder (par en-dessous) d'un air navré ("Le pauvre !"), mais faisons confiance à la carotte comme au progrès, nous nous verrons, peut-être, récompensés (qui sait, par une épidémie de cancer des oreilles !) et resterons, enfin, seuls au monde, mais entre nous.
F.Roux : Au jour le jour
dimanche 22 mars 2009
1175 : Baby doll
Marie-Eve Mestre
Baby doll 01 2006
Tirage photo sur dibon
1174 : Clair & clignotants
Une vieille dame appuyée sur une béquille, sourire aux lèvres et croix autour du cou, passait d’un invité à l’autre en brandissant une photo de classe. Celle, d’Alain Bashung à l’Ecole nationale de commerce, promo 64-65, en demandant à chacun : «Vous saurez le reconnaître ?» Facile, il est en haut au dernier rang, sur la gauche. Crinière noire en banane, sourire carnassier et œil clair. Il obtiendra son BTS comptabilité mais, sur la photo, il a déjà l’air de chanter quelque chose.
...
A la ronde, vigilant, dans son inquiétante étrangeté de pierres, les yeux clignotants, le peuple de Bashung.
Libération 21/03/2009
samedi 21 mars 2009
1173 : Révélation
Deux jours avec un seul oeil :
le médecin a posé un tampon
pour éloigner l'infection
de ma cornée abrasée.
S'y adapter est aussi difficile
que s'adapter à l'obscurité :
pas de troisième dimension
et l'oeil emmailloté
n'annonce au cerveau
qu'une tache de gaze.
On se sent maladroit :
l'ouïe et la pensée s'en ressentent.
L'odorat seul s'améliore
dans cet univers en réduction et brumeux.
Quand on a retiré le tampon
le monde réel était devenu alarmant,
distendu,trop brillant :
une sorte de plaisanterie, un livre-relief.
John Updike, La condition naturelle, Ed. Gallimard, 1988, p.54. Traduction Alain Suied.
vendredi 20 mars 2009
1172 : Yeux à pupilles mobiles
Stéphane STEINER
Vénus & Apollon by night collection 2001
Maillot et slip
Nylon, yeux à pupilles mobiles
jeudi 19 mars 2009
1171 : Coquetterie
1602, du latin botanique belladona, de l'italien bella dona "belle dame". Les feuilles de belladone contiennent des alcaloïdes proches de l'atropine. À la Renaissance, en Italie, la coquetterie poussait les dames à se mettre des gouttes contenant des extraits de belladone dans l'œil. Ceci provoquait une dilatation de la pupille (en effet, la dilatation des pupilles est une des manifestations de l'excitation sexuelle et de l'admiration désirante, manifestation inconsciemment perçue par les hommes et qui les stimule), et faisait légèrement loucher, ce qui était à cette époque caractéristique de la beauté (cf. l'expression "avoir une coquetterie dans l'œil").
C'est une grande plante ramifiée pouvant atteindre 1,5m, aux feuilles ovales pointues, pétiolées, aux fleurs en cloche, solitaires, pendantes, brunes à l'aisselle des feuilles.
Les fruits sont des baies noires luisantes de la taille d'une cerise. La plante est très toxique pour l'homme dans toutes ses parties. Elle contient divers alcaloïdes, dont l'hyoscyamine et l'atropine.
Son nom générique, Atropa, correspond à celui de l'une des trois Parques (ατροπος, Atropos, inflexible), celle qui coupait le fil de la vie.
Il existe une variété assez rare de belladone à fleurs jaunes, elle est dénommée Atropa belladonna var. lutea
mercredi 18 mars 2009
1170 : Pleurer le soleil
« C'est un caveau bas, étouffant, à deux arceaux, où il me semble voir, en bonnets et en casquettes, une population plus vieille de cinquante ans que celle qui marche sur notre tête. C'est du peuple qui semble avoir appris, tout à l'heure, la victoire d'Austerlitz ou revenir de l'enterrement du général Foy. Il y a là le dernier des sauvages, avec un diadème de plumes, un tapeur de caisse nostalgique, aux paupières lourdes et lassées, exécutant sa musique avec une sorte de suprême indifférence mélancolique. Les aveugles, jeunes et vieux, avec des ombres noires dans le creux des yeux, sous le gaz qui leur frappe le crâne, jouent automatiquement quelque chose de criard et de plaintif, comme s'ils pleuraient le soleil. »
les Goncourt, Journal, dimanche 23 octobre 1864. Editions Bibliothèque Charpentier T2, 1895.

