Les femmes des idoles sont donc des fétiches. Ce sont des images féroces et tendres, cruelles et lascives, sauvages et apprivoisées : des vedettes légendaires, proches par l'imagination, glacées, frigides, impassibles. Dentues, carnassières, elles feignent ainsi un sourire permanent. Leurs lèvres semblent humides. Leurs yeux étincelants s'égarent. Elles suggèrent des parfums de musc, de patchoulis, d'ambre mais il ne faut pas s'y laisser prendre.
Certes, comme l'écrit Viviane Forrester : "Ces créatures d'illusion viennent à notre rencontre sur les toiles. Le peintre ramène à la surface un passé où nous reconnaissons, comme dans un miroir sans tain, le fantôme de nos propres visages. Il capte ces visages, ces corps au point exact de leur disparition, divulguant ainsi la structure de l'absence. Nous sommes dans les coulisses de l'ensorcellement.".
Pourtant il ne s'agit que de leurres et de leurres du leurre. Bernard Rancillac exhibe donc la chair et le vide, la présence suggérée et l'absence, et simultanément il les dissimule. D'ailleurs, les stars, comme des fantômes, s'effacent, s'estompent, disparaissent, s'évanouissent.
À ce propos, Rancillac cite une phrase bouleversante de la merveilleuse Louise Brooks : "Ma vie ne fut rien".

Par Jean-Paul Gavard-Perret : Plumart