En provenance de l’étrange et indéchiffrable galaxie sarkozyenne, deux signaux contradictoires, la semaine dernière, n’ont pas manqué de troubler les observateurs. En visite à Rome, Nicolas Sarkozy s’est laissé aller, une fois de plus, à son péché mignon: l’humiliation publique de journaliste accrédité. Sans doute, comme Obélix avec les Romains ou les sangliers, ne peut-il pas s’en empêcher.

Cette fois, c’est Philippe Ridet, du Monde, qui en a fait les frais. Alors que le journaliste, au cours d’une conférence de presse conjointe avec Berlusconi, lui demandait s’il se reconnaissait dans la nouvelle appellation, forgée par le politologue Pierre Musso, de sarko-berlusconisme, Sarkozy l’a renvoyé à ses futilités: lui, Sarkozy, était venu en Italie, non pour se regarder dans le blanc des yeux, mais pour parler de choses sérieuses, crise alimentaire, pétrole, agriculture, immigration clandestine. «Ne nous en voulez pas, Monsieur Ridet, on est toujours un peu occupés pour faire des comparaisons comme ça (…) Ne nous demandez pas d’avoir des comportements si nombrilistes. Je pense même que vos lecteurs souhaitent également que vous vous préoccupiez d’autre chose». En d’autres termes: si vous traitiez d’affaires sérieuses, votre journal, bien mal en point, se vendrait peut-être mieux.

Daniel
Schneidermann
Libération: lundi 9 juin 2008