. Mais tout le monde n'est pas Jerry Lewis ou Andy Warhol. En général, quand ils acceptent «du bout des lèvres et sans plaisir», une interview, artistes et intellectuels sont moins à l'aise, tenaillés par ce double-bind qui les fait tout autant tenir à la nécessité de «vendre» leur travail au plus grand nombre que mépriser l'idée selon laquelle «exister, c'est exister dans les médias». Pourquoi cet exercice devient-il une épreuve pour les hommes de science, les artistes, les philosophes, auxquels elle apparaît peu ou prou comme une obligation que l'on doit évaluer avec précision si l'on tient à avoir une certaine visibilité sans devoir renoncer à la rigueur de sa discipline, si l'on ne veut être ni un intellectuel médiatique perdant peu à peu son statut de chercheur, ni un intellectuel dans sa tour d'ivoire, perdant peu à peu la capacité de divulguer ses recherches. Des éléments de réponse ­ tout à fait originaux au demeurant Ñ se trouvent dans l'Interview. Artistes et intellectuels face aux journalistes, que publie aujourd'hui Claude Jaeglé, spécialiste en communication scientifique, enseignant les techniques de plaidoirie et de négociation à l'Ecole de formation du Barreau de Paris, et auteur, il y a deux ans, de cet ovni qu'est le Portrait oratoire de Gilles Deleuze aux yeux jaunes.

Robert MAGGIORI
Libération : jeudi 27 septembre 2007
Claude Jaeglé, l'Interview. Artistes et intellectuels face aux journalistes PUF, 286 pp., 19 €.