Eclipse de nouveau pour l’Origine jusqu’au début des années 50 où, à la faveur d’un négoce financier avec les communistes hongrois, Hatvany, exilé à Paris, ne le récupère et le vende aussitôt pour survivre. Exit l’Origine, jusqu’à ce que Sylvia Bataille n’y pose ses beaux yeux, chez un marchand, dit-on.

Ex-femme de Georges Bataille, actrice de Renoir dans la Partie de campagne, elle est alors mariée à Jacques Lacan. En 1955, les Lacan achètent l’Origine et le disposent dans leur maison de campagne de Guitrancourt (Yvelines), le dissimulant un peu plus puisque le peintre André Masson, beau-frère de Sylvia, dessine un paysage érotique qui le cachera au quidam. Le stratagème (un système à glissières) induit un cérémonial de dévoilement qui incite les voyeurs privilégiés à garder le secret.

Quand, douze ans après son mari, Syvia Lacan meurt en 1993, l’Origine est donné à l’Etat pour régler les frais de succession. Et entre au mussée d’ Orsay.

Ce roman de l’apparition-disparition perpétuelle pourrait être de Lacan qui disait : « Un tableau est un objet qui nous ­regarde et nous transforme à notre tour en tableau.» 

«L’Origine», des origines à nos jours
D’un sofa ottoman au divan de Lacan, le fabuleux destin du plus osé des tableaux de Courbet.
Par Gérad Lefort.
Libération le samedi 13 octobre 2007