Installée dans un collège de Bordeaux qui accueille des dizaines de nationalités, et où une forme de mixité sociale existe, Vénusia Passerieux, doctorante à Bordeaux-II, a constaté qu'aux yeux des ados, l'intello et le bouffon sont deux «stéréotypes du bon élève : un traître qui a les faveurs de l'institution». Seule l'origine sociale les distingue. L'intello, c'est un «petit bourgeois, propre sur lui, qui ne maîtrise pas les codes de la rue». Le bouffon est «issu des mêmes quartiers de relégation que ses copains, mais il a pris le parti de l'école».

Entre le bouffon et l'intello, quelques-uns parviennent à se faufiler, conciliant faveur des enseignants et popularité, souvent grâce à l'humour. Mais un bouffon moins habile souffre en sourdine. Il subit le «racket des devoirs», obligé de livrer ses réponses aux exercices, ou contraint d'accepter un voisin copieur à chaque interro. L'élève exclu rase les murs, évite la récréation, passe son temps libre en bibliothèque et mange seul au réfectoire. Peu à peu, il perd confiance en lui et commence à rejeter l'école.

Difficile pour les enseignants de détecter le problème. L'intello ou le bouffon fait rarement parler de lui, c'est un élève qui ne pose pas de problème à l'institution. Victime, il est de fait réduit au silence. S'il cafte, les représailles seront pires encore. Il n'a pas non plus intérêt à exposer son désir de réussite. «Ces pratiques souterraines se règlent toujours à l'extérieur du collège, jamais devant les enseignants», souligne Vénusia Passerieux. Mais, à force de brimades en douce, les notes s'effondrent, les absences se multiplient... Et les adultes s'alarment.

Trop bon, trop bouffon !
Par Marie-Joëlle GROS
Libération : samedi 7 avril 2007