Les "beau comme" de Lautréamont constituent le manifeste même de la poèsie convulsive. Les grands yeux clairs, aube ou aubier, crosse de fougère, rhum ou colchique, les plus beaux yeux des musées et de la vie à leur approche comme les fleurs éclatent s'ouvrent pour ne plus voir, sur toutes les branches de l'air. Ces yeux, qui n'expriment plus que sans nuance l'extase, la fureur, l'effroi, ce sont les yeux d'Isis ( "Et l'ardeur d'autrefois..."), les yeux des femmes données aux lions, les yeux de Justine et de Juliette, ceux de la Matilde de Lewis, ceux de plusieurs visages de Gustave Moreau, de certaines têtes de cire les plus modernes.

André Breton, L'amour fou. Collection  Folio n° 723, 1995, p.14.