DIMANCHE

L'actualité me dégoûte

On dirait un bol de foie gras qu'une nounou maboule me ferait avaler à la cuillère comme une soupe grasse. Les attentats en Irak se répètent avec une telle régularité qu'ils me rappellent les suspensions hydrauliques des DS Citroën qui ont fait dégueuler des générations de gosses de bourgeois. Et les gamins de 17 ans que l'Angleterre envoie là-bas, sans doute pour que la peur leur fasse faire leur rot après une indigestion de porridge. Et cette banlieue en passe de devenir une icône publicitaire qu'on déguise selon les besoins de la campagne en troupeau d'hyènes ou en avalanche de pères Noël qui vont s'empresser d'aller honorer de leur vote les isoloirs pour choisir le coloris du nouveau chef des porte-matraque qui contrôleront leurs papiers à chaque fois qu'ils auront l'insolence de sortir de chez eux recouverts d'une peau plus sombre que le beurre que nous étalons chaque matin sur nos tartines en regardant fièrement l'écran plat que nous avons acheté la veille en solde chez Conforama. Banlieue comme un crachoir où les mollards des esthètes de l'ordre public sont régulièrement mouillés par les larmes des préposés au chagrin qui espèrent peut-être que le chiche pipi de leurs yeux les rafraîchira les jours de canicule où ils mijotent sur les parkings goudronnés qui leur servent de plage pendant les mois d'été.

Le journal de la semaine de Régis JAUFFRET.

LIBERATION : samedi 10 février 2007