vendredi 29 septembre 2006

779 : En un mot

" Êtes-vous prêt maintenant à poursuivre vos écritures ? Vos yeux sont-ils guéris ? Pourriez-vous, ce matin, copier un cours document pour moi ? ou m'aider à collationner quelques lignes ? ou aller à la poste ? En un mot, ferez-vous quelque chose qui donne couleur à votre refus de quitter ces locaux ?" Herman Melville, Bartleby. Ed 1001 Nuits, 1994, p.49. Traduction Bernard Hoepffner.
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mercredi 27 septembre 2006

778 : À suivre les yeux gris

Le week-end passa sans autre désagrément que celui que causait un tic-tac de compte à rebours rythmant une échéance implicite, mais qu'une seule prise de sang avait rendue palpable. Trop orgueilleux ou encore inconscient, le chat faisait comme si de rien n'était ; comme si les choses et sa vie pépère d'animal de compagnie ne pouvaient que continuer comme devant ; comme si l'autorité vétérinaire ne l'avait pas décrété, d'une façon ou d'une autre, en sursis. Dans le commencement de la semaine, l'oeil à nouveau vif et d'un vert... [Lire la suite]
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mardi 26 septembre 2006

777 : (Quand le Sollers s’éveillera)

En 1974, Roland Barthes, grand maître des lettres françaises, se rend en Chine. Et en revient enthousiaste, c'est inévitable ; dans ses bagages, deux grands écrivains, Philippe Sollers et Julia Kristeva. Eux aussi enthousiastes, évidemment. Sollers, retour de Pékin, déclare avoir vu la «vraie révolution antibourgeoise». De ses propres yeux. Dans sa narration de voyage intitulée Des Chinoises, Kristeva écrit : «Mao a libéré les femmes» et «résolu la question éternelle des sexes». La violence ? Elle-même n'a «constaté aucune... [Lire la suite]
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mardi 26 septembre 2006

776 : " waiguo ren "

Il faudrait pouvoir écrire ces rires de Chinoises : joyeusement éclatant dans les yeux et les lèvres et, sans que la voix y participe, chassant en un éclair la pudeur permanente pour la remplacer tout de suite par des flambées continues d'ironie et d'humour où se mêlent l'appel à une complicité érotique et le savoir serein qu'elle est impossible : jamais amer, jamais déçu. Julia Kristeva, Des Chinoises.Éditions des femmes, 1974, p.179.
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lundi 25 septembre 2006

775 : Pour une amante irritée

Ceux qui tirent le coeur par les traits du visage Remarquent dans le tien des signes de valeur, Mais comme la vaillance est toujours un présage, Qui promet de la gloire avecque du malheur,J'espère que la mort avecque sa pâleur, Couvrira tes beautés de sa funeste image, Et que ton jeune sang tout rempli de chaleur, Viendra faire à ton dam preuve de ton courage.Un jour que tu voudras combattre au premier rang, Je te verrai couvert de poussière et de sang, Et le coeur traversé d'une mortelle plaie,Tourner ces traîtres yeux devers ton... [Lire la suite]
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dimanche 24 septembre 2006

774 : La vitesse

Être un oeil d'abord, l'oeil, l'oeil du conducteur de la bête de fer, cette bête exquise, énervée, commode, mortelle, qu'importe, être l'oeil attentif, confiant, méfiant, appliqué, désinvolte; l'oeil immobile et rapide cherchant l'autre, dans un dernier effort, non pour retrouver cet autrui à jamais perdu mais pour au contraire l'éviter. Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir. Editions Gallimard, 1984; p.87.
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jeudi 21 septembre 2006

773 : Jamais revu

… j'ai enfin fini par trouver LA preuve d'amour ultime. Celle qui voudrait dire qu'elle m'aimerait à jamais. Non, je ne l'ai pas tuée. C'eût été trop facile. Je voulais qu'elle souffre toute son existence, pour me certifier son amour absolu à chaque seconde et jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est pourquoi je l'ai quittée. Et c'est pourquoi elle ne m'a jamais revu. Chaque jour qui passe, nous souffrons davantage l'un pour l'autre. Cela fait de longues années que nous pleurons. Mais elle sait comme moi qu'il ne peut pas... [Lire la suite]
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dimanche 17 septembre 2006

772 : Aujourd'hui même

LA MERE : Il m'a interdit de rester avec vous dans la cuisine. Et je suis si mal ici, si mal à l'aise, j'ai la sensation d'étouffer dans un cauchemar. Quelque chose d'informe et de gluant s'est couché sur moi. Je me demande si c'est un tronc sans membres, ou bien une bête. Et moi, je me sens grande, comme une tour. Et si grande, je déambule à travers des chambres, et je m'y vois courir, puis, poff ! la petite souris tombe dans le piège, et je me réveille. J'ai ces visions plusieurs fois dans la journée. DOROTHÉE : En dormant ? ... [Lire la suite]
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vendredi 15 septembre 2006

771 : " Je riais, ça me faisait rire d'être vivant"

Ils sont en face de moi, l'oeil rond, et je me vois soudain dans ce regard d'effroi : leur épouvante. Depuis deux ans, je vivais sans visage. Nul miroir, à Buchenwald. Je voyais mon corps, sa maigreur croissante, une fois par semaine, aux douches. Pas de visage, sur ce corps dérisoire. De la main, parfois, je frôlais une arcade sourcilière, des pommettes saillantes, le creux d'une joue. J'aurais pu me procurer un miroir, sans doute. On trouvait n'importe quoi au marché noir du camp, en échange de pain, de tabac, de margarine. Même... [Lire la suite]
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mercredi 13 septembre 2006

770 : "Mercredi. Une matinée alléchante, un petit printemps musard..."

Silence, silence. Et soudain le bruissement d'un papier frôlé par le vent. Je jetai à mon compagnon un coup d'oeil furtif - du bout de sa chaussure il retenait le papier, ses yeux étaient plantés dans le sol. Nouveau bruissement du papier. Je plante mes yeux dans le papier, il plante ses yeux dans le papier. Witold Gombrowicz, Journal (Tome II, 1959-1969). Ed Folio n°2768, 1995, p.195. Traduction D.Autrand, Ch.Jezewski, A.Kosko.
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