ENVOI

   J'aime que ciel ait deux pluriels:

   ciels - ciels bas et blancs, ciels venteux, ciels gris, vastes ciels bleus fuyant au-dessus de la terre et courbant les blés sous l'ombre portée des nuages, ciels d'orage déchirés d'éclairs, grands ciels clairs des soirs d'été en Ombrie, listel d'or tiré entre la mer et l'infini, ténèbres roses de l'aube sur le Mont-Rose, brumes légères du crépuscules, spacieuse immensité silencieuse où le regard se perd -,

   cieux - ces plafonds baroques où des dieux dansent autour du grand lustre ou, à l'inverse, ce lieu vide et sans âme, cet espace où seule se meut la pensée.

Je ne crois pas en Dieu. Je veux croire au bonheur. C'est à dire que je veux m'efforcer de toujours voir ce qu'il a de cieux dans les ciels, de ciels dans les cieux.

   Je veux lever les yeux sur ce ciel-ci, qui change.

Quiconque a jamais bâti un nouveau ciel, en quelque époque que ce soit, n'a trouvé la puissance nécessaire à cela que dans son propre enfer. 

Nietzsche 

Paris, le 30 mars 1982. 

Jack-alain Léger : Autoportrait au loup. Éditions Flammarion, 1982, p.225 (dernière page).

http://www.lefigaro.fr/litteraire/20060119.LIT0007.html?031557

Du Coq à L'Ane : J-A Léger