Le regard. « C’est pour moi la définition du cinéma. Isabelle me racontait qu’elle avait connu un acteur qui levait les yeux en l’air pour que ses yeux prennent mieux la lumière. Sans les yeux, on ne traduit rien, on ne partage rien. Rien ne passe. Dans la comédie, on peut à la rigueur jouer tout seul, pas dans un film comme Entre ses mains. Les yeux trahissent énormément ton comportement. Quand je suis intimidé, mes yeux partent dans tous les sens. Au cinéma, je suis premier degré et je ne peux pas jouer autre chose que ce que mon corps ressent. »

La solitude. « J’aurais tendance à dire perte de l’enfance. La solitude démarre au moment où l’enfance vous abandonne. À n’importe quel âge. On est perpétuellement seul et on s’arrange d’un monde qui ment et de systèmes qui nous permettent de l’oublier, cette solitude. C’est dans les moments de désarroi que tu prends conscience de ta solitude. Venir en grand arroi, c’était venir habillé en costume de lumière, avec tes chevaux, des cochets, des écuyers. Venir en désarroi, c’est venir nu, peau de balle! On ne peut pas jouer le drame, comme d’ailleurs la comédie, sans arriver complètement à poil. Où alors tu n’es qu’un cliché! Quand j’interprète quelqu’un de ridicule, je n’ai absolument pas peur d’être ridicule. Quand je joue quelqu’un qui n’est pas censé l’être, je redoute à tout prix le ridicule ».

La poésie. « J’ai un peu de mal avec la poésie littéraire. En revanche, je la vois dans la banalité, dans le quotidien. Le dos de quelqu’un, par exemple ».

J’aime. « La pluie en été. Les ciels cafardeux. Les paysages nocturnes de bande dessinée en hiver. J’adore les gens qui attendent le bus et ne savent pas qu’on les regarde. Les gens qui ont peur et se cachent sous des oripeaux d’arrogance et d’autorité. Les gens comme Sempé qui arrivent à retranscrire le rien du tout ».

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Je n’aime pas. « La neige. La mer. Les déserts. La rentrée littéraire. La méchanceté. Le cynisme. La sensiblerie. La prise d’otage de sentiments. La société du coeur. L’appel à la générosité excessive. La recherche perpétuelle du bonheur. La dictature du bien-être… »

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Entretien avec Philippe LAGOUCHE
Benoît Poelvoorde, enfin seul ! VDN
Edition du Mercredi 21 septembre 2005.

http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/magazine/cinema/0905/211.shtml