...Marguerite jeta un coup d'oeil à l'une des fenêtres. C'était une cuisine. Deux réchauds à pétrole y ronflaient, devant lesquels deux femmes, cuiller en main, se querellaient aigrement.

....

Plissant les yeux, Marguerite examina cette inscription en essayant de deviner ce que pouvait bien signifier ce mot : Dramlit. Prenant son balai sous son bras, Marguerite poussa l'une des portes dont le battant heurta le portier stupéfait, et aperçut près de l'ascenseur, sur le mur, un grand tableau noir où étaient inscrits en lettres blanches les noms des locataires et les numéros des appartements.

L'inscription "Maison des dramaturges et des littérateurs" qui couronnait cette liste arracha à Marguerite un cri étouffé (phrase rétablie en 1967). Elle prit un peu de hauteur et commença, avec une curiosité avide, à lire les noms : Khoustov, Dvoubratski, Kvant, Bieskoudnikov, Latounski...

- Latounski! siffla Marguerite. Latounski! Mais c'est lui...celui qui a causé le malheur du Maître!

Le portier sursauta et regarda le tableau noir en roulant des yeux effarés, et en essayant de comprendre ce miracle : la liste des locataires qui se met à crier!

( Mikhaïl Boulgakov: Le Maître et Marguerite. Traduit du Russe par Claude Ligny. Editions Pocket.1994.pp.324,325.)